D'où je viens
J'ai grandi dans le Nord, enfant unique, dans une maison de campagne un peu isolée. Solitaire, j'ai appris tôt à écouter avant de parler. Mon héros c'était l'homme invisible — le pouvoir de disparaître, de voir sans être vu, de traverser le monde sans y laisser de trace. À l'école, j'ai appliqué la même stratégie : rester dans la moyenne, de la fin du primaire jusqu'au lycée, pour ne pas attirer l'attention.
Pendant ce temps, je composais mes ailleurs en silence. Une naissance rêvée en Casamance, des glaces sur les Champs-Élysées, une Golf sur l'autoroute avec du disco plein les enceintes. La liberté s'inventait depuis une chambre où personne ne venait.
À la fac, la révolution numérique démarrait. Ce qui m'a frappé, c'est l'intuition que nous allions tous devenir émetteurs — que le sens ne descendrait plus d'en haut mais se construirait dans l'échange. En 1999, j'ai publié ma première page. Pendant dix ans, j'ai tenu ce rythme quotidien. Palo Alto m'a aidé à penser ce que je pressentais : la communication comme système, où chaque élément agit sur l'ensemble, où rien n'est isolé.
En start-up, pendant quinze ans, j'ai surtout appris en creux — ce qu'il ne faut pas faire, ce qu'il ne faut pas être. C'est là que j'ai forgé ma résilience. En 2009, mon fils est né. Être parent, c'est accepter d'être vu, de devoir aligner ses actes sur ses paroles. Ça a tout ancré. En 2016, le grand groupe m'a offert autre chose : la responsabilité d'une équipe, le temps long, la transformation patiente. Accompagner ces collaborateurs m'a appris ce que signifie vraiment faire tenir un collectif — ajuster les rythmes, créer les conditions pour que chacun trouve sa place dans l'ensemble.
En 2024, j'ai démissionné. En 2025, j'ai rejoint Anacours.